La semaine dernière nous avons eu parmi nous un invité de marque : Mohamed Arkoun. Je ne vais pas faire le prétentieux et vous demander si vous connaissez de qui je parle. Je doute qu’il y est quelqu’un dans cette blogosphere qui n’ait pas lu au moins une fois un ouvrage ou un article signé par ce brillant érudit. Si j’ai voulu parler de Mohamed Arkoun c’est simplement pour dire l’admiration que je voue pour cet intellectuel hors classe. Mohamed Arkoun est peut être le plus grand islamologue contemporain. Tout au long de sa carrière professionnelle, en tant que professeur d’histoire de la pensée islamique (à l’université de la Sorbonne s’il vous plait), Arkoun a commis plusieurs essais qui forment sa riche bibliographie. A travers ses écrits Arkoun a articulé un discours qui tourne autour d’une idée simple mais redoutable par sa franchise, sa clairvoyance et son audace. Pour Mohamed Arkoun, l’Islam dans ses premières années de diffusion a été une véritable machine d’intégration et de brassage de cultures et ce en se basant sur un triptyque parfaitement équilibré et savamment dosé : une interaction entre le discours religieux, le discours politique et le discours philosophique. Son expansion se faisait sans heurts ni secousses jusqu’au jour ou on a décidé de sacrifier le discours philosophique au profit d’un discours exclusivement religieux et politique. A partir de cette date là, l’Islam a amorcé sa chute vers les abîmes. Sa capacité à se moderniser, à se renouveler et à s’adapter aux nouveautés a été sérieusement ébranlée. Les quelques tentatives, comme celles d’Ibn Sina (Avicenne) ou Ibn Rochd (Averroès), pour extirper l’Islam et les musulmans de l’isolement intellectuel et de renouer les liens avec la philosophie et l’esprit critique n’ont pu aboutir. L’islam se trouva entraîné dans une spirale qui le pousse à se renfermer sur lui même, à devenir imperméable aux nouvelles idées et surtout aux nouvelles pensées. Cette religion qui au départ avait tous les atouts pour atteindre l’universalité absolue, s’est trouvée soudainement prisonnière de son sectarisme. Le fondamentalisme et le fanatisme trouvant le champ libre ont fait le reste. Aujourd’hui si l’Islam veut vraiment récupérer son aura d’antan il faut qu’il se réconcilie de manière urgente avec le discours philosophique. C’est sa seule et unique chance et surtout notre seule chance de nous débarrasser de cette image négative qui nous colle à la peau.

3 commentaires:

SWORDEDDINE a dit…

Aujourd'hui en mettant les chaines religieuses qui à mon avis ne servent aucunement l'islam nous nous trouvons comme toujours confrontés aux habituelles préoccupations d'antan, c'est toujours il faut faire la prière parce qu'elle emmène au paradis, la délaisser nous ouvre les portes de l'enfer et patati patata, tout ce la on l'a appris il y a longtemps et nous le connaissons par coeur et c'est pas pour autant que nous l'appliquons, il faut sortir des abc et nous approfondir, relire d'une façon moderne, oser casser les dogmes qui nous tirent vers l'arrière. Il fait oser et dire aux gens ce qu'il en est réellement de l'islam au 21ème siècle, les leçons d'éducation religieuses ne nous ont rien ajouté, nous n'avons plus besoin de rappel au contraire il faut de la modernité des idées novatrices et de la philosophie comme c'est dit dans ce post. J'espère voir un jour des idées avant-gardistes en lesquelles j'oserai accrocher quelques espoirs quant à la religion musulmane et au sort des musulmans

elgreco a dit…

bravo l'Ami

Bravo d'avoir assisté à cette rencontre et bravo pour ta pensée :

"Aujourd’hui si l’Islam veut vraiment récupérer son aura d’antan il faut qu’il se réconcilie de manière urgente avec le discours philosophique. C’est sa seule et unique chance et surtout notre seule chance de nous débarrasser de cette image négative qui nous colle à la peau."

Bravo

Anonyme a dit…

j'ai pas eu la possibilité de lire un de ses livres,si j'en aurais l'occasion pourquoi pas,personne de mon entourage pourtant trop cultivés des fois n'a lu un de ses livres :s

merci d'avoir parlé de lui