Mémoire d'un Dinosaure


Vendredi soir je suis allé à El Teatro voir « Mémoire d’un Dinosaure ». La pièce je l’ai déjà vu non pas en 1987 mais en 1997 lors de la célébration du 10 anniversaire de cet espace culturel. Pourtant, dès que les lumières se sont éteintes, je me suis trouvé complètement plongé dans le monde fabuleux de Taoufik Jebali. Un monde d’ironie et de dérision. Un monde ou tout est remis en question sans concession ni complaisance. Un monde ou les repères se perdent et ou le blanc et le noir deviennent les deux faces d’une même pièce. Un monde fait de mots et rien que de mots. Des mots au sens propre. Des mots au sens figuré. Des mots contorsionnés. Des mots défigurés. Des mots sensés, des mots insensés. Des mots dénués de leur sens. Des mots fourrés de contresens. Des mots déconstruits, reconstruits, « redéconstruits » et « rereconstruits ». Des mots qui ne disent plus ce qu’ils veulent dire. Des mots qui disent plus que ce qu’ils veulent dire. Des mots joyeux. Des mots douloureux. Des mots qui deviennent des joies. Des mots qui deviennent des maux. Des mots qui deviennent des joies affligeantes. Des mots qui deviennent des maux drôles. Des mots qui deviennent une partition. Une musique tendre et folle à la fois, une complainte douce et amère. Des mots qui deviennent une invitation à voyager. Des mots qui apostrophent la conscience, l’ébranlent, la secouent, la malmènent et la mettent devant sa triste réalité…

Je suivais la pièce sans savoir trop si je devais rire ou bien pleurer. Rire de la futilité de la Vie, de l’insignifiance de l’Homme ou pleurer l’absurdité de la Vie et la déchéance de l’Homme. Je me suis trouvé transit par plusieurs sentiments. Des sentiments confus et antagoniques qui bouillonnaient à l’intérieur de mon corps au point de sentir mon cœur vouloir sortir de sa place. Tous mes sens et toute mon âme étaient suspendus aux mots dits et aux mots non dits. Aux maux exprimés et aux maux occultés.



Tout le long de la pièce qui dure à peu près une heure, on rit et ont rit beaucoup. Mais plus on rit et plus on a mal au cœur. Mal dans l’âme. Mal partout. Plus on rit et plus on se rend compte de la détresse de l’Homme, de sa fragilité. On rit et on se rend compte que le rire est la seule arme qu’on a pour pouvoir continuer à vivre. La seule alternative pour s’évader autant que se peut de la réalité.


Pour ces moments de vérités. Pour ces moments de mise à nu de l’Homme et de la Vie. Pour ces moments d’intenses émotions, je voudrais dire un grand merci à Taoufik Jebali…

Allez voir la pièce. Allez voir l’un des immenses dinosaures du théâtre tunisien. Allez voir sa pièce et devenez les gardiens de sa mémoire et celle de Rached Manaï pour que jamais il ne tombe dans l’oubli…

2 commentaires:

Da7dou7a a dit…

Je découvre ton blog...:)
J'ai vu la pièce...
Même effet...
Absurdité de la vie humaine et de tous les exploits qu'il a réalisés pour vivre heureux...
Malheureux sort de l'homme qui a cru à la justice, à la bonté de l'homme et qui se trouve confronté à la démagogie et à l'usurpation de tous les droits...
Bien que je n'avais pas saisi le sens de certains tableaux, j'ai trop aimé le jeux des deux comédiens...

Tunisien a dit…

...Des mots fourrés de contresens. Des mots déconstruits, reconstruits, « redéconstruits » et « rereconstruits »...
I love how you put it together! Tu vois? On peut tout dire mais ca doit etre avec elegance...