La y7arrem Oureth

Sidi Cheikh Hamed Ben Ennafaa Allah était un grand notable. Il a travaillé comme grand Qadhi avant même que le pays n’accède à l’indépendance. Il a amassé une fortune considérable. Il s’est marié avec une fille d’une famille de la vielle bourgeoisie tunisoise : Lella Jneina. De ce mariage naquirent 8 garçons et 7 filles. Tous furent bien élevés, reçurent la meilleure éducation possible et fréquentèrent les meilleures écoles tunisiennes et étrangères. Les fils et filles de Sidi Cheikh Hamed devinrent des personnalités respectables. Il y en a parmi eux des médecins, des avocats, des professeurs universitaires, des hommes d’affaires prospères… Bref ils ont tous, filles et garçons, une situation aisée et tous se marièrent avec des fils et des filles de bonnes familles. Les enfants de Sidi Cheikh Hamed vécurent et grandirent tous dans une grande maison arabe dans un vieux quartier de la Médina. Sidi Cheikh Hamed a instauré une règle simple mais inviolable : toute la famille doit être unie et solidaire. Ils mangeaient tous ensemble, jouaient ensemble, sortaient ensemble, étudiaient ensemble… Pour résumer tout cela on peut dire qu’ils formaient une vraie tribu. Les voisins enviaient cette ambiance joviale et plein de complicité qui régnait dans la maison de Sidi Cheikh Hamed. Même lorsqu’ils grandirent, se marièrent et s’installèrent dans leurs propres maisons, les enfants de Sidi Cheikh Hamed continuèrent à passer tous les jours déjeuner et dîner chez leurs parents. C’était un rituel immanquable. Les petits enfants de Sidi Cheikh Hamed aimaient se réunir dans le patio de la maison de leurs grands parents. Il y avait une ambiance de joie et de félicité qu’ils ne pouvaient sentir ailleur. Tous les enfants et petits enfants de Sidi Cheikh Hamed profitaient des largesses de ce dernier qui parfois devait le faire loin des regards fulminants de sa femme qui lui reprochait souvent sa générosité démesurée envers ses enfants et ses petits enfants. Les fêtes chez les Ben Ennafaa Allah étaient des moments de profonde gaieté, d’extase et de délires intenses. Lorsque il y a un mariage dans la maison de Sidi Cheikh Hamed, les voisins passaient des semaines à commenter avec envie les histoires de cette famille pas comme les autres. A part le faste et la splendeur avec lesquels la famille Ben Ennafaa Allah organisait leurs fêtes, les filles et les garçons de Sidi Cheikh Hamed savaient tout faire : danser, chanter, jouer divers instruments de musique… Ils animaient leurs soirées et leurs fêtes seules… Ils étaient autosuffisants en tout. Ils n’avaient presque besoin de personne. Ils étaient tellement extraordinaires que tout un chacun nourrissaient un désir fort de faire partie de cette famille extravagante. Le bonheur était le mot le plus approprie pour décrire cette famille. Tout baignait dans la joie et personne ne pouvait imaginer ou soupçonner qu’un jour viendra et que tout ce bonheur devrait se fracasser contre le mur du temps. Ce jour là arrivât ou le patriarche, suite à une longue maladie, succomba. Ce jour là fut un vrai tremblement de terre. La mort du père semblât avoir mis fin à la force centrifugeuse qui faisaient que tout le monde gravitait autour de cet astre. Les masques tombèrent et les langues se délièrent. Chacun et chacune des fils et des filles de Sidi Cheikh Hamed montrât son vrai visage. On ne sait pas quel mauvais sort, quel sortilège, quelle énigme a transformé cette famille du fond en comble. Le corps du défunt était encore chaud lorsque les enfants de ce qui fut Sidi Cheikh Hamed évoquèrent la question de l’héritage. Là ce fut la surprise générale. L’un des beaux-frères, étrangement immiscé dans la discussion, opina qu’il serait plus équitable qu’à sa femme revienne une part égale à celle du frère, alors que le frère aîné, diplômé d’une grande université américaine (Docteur ès Droit, s’il vous plait) et marié à une suédoise, trouva pour la première fois de sa vie, lui que s’est souvent opposé à son feu père sur des question ayant rapport avec la religion, que le partage selon la charia était quelque chose de raisonnable et judicieux. La mère quant à elle, cachant mal son favoritisme, était résolument convaincue qu’il serait plus équitable que le plus petit de ses fils, qui est à son avis moins fortuné que les autres, obtienne un peu plus et que la maison paternelle lui revienne. Le débat se chauffa, les mots devinrent plus acerbes, plus envenimés. Garçons et filles oublièrent que le cadavre du patriarche gisait encore à deux pas d’eux. Bizarrement, le temps n’était pas à la tristesse ni au pleur du regretté père. Non. Tout le monde avait le cerveau et les yeux rivés vers la calculette. Chacun estimait ce qui lui revenait. L’union, la solidarité, la complicité… qui faisaient la fierté de cette famille ont volé soudainement en éclats. Ils se sont disputés, querellés, traînés en justice, détestés et haïs au point de ne plus vouloir se revoir… Tout cela et plus a condamné une famille que l’on croyait soudée à jamais à l’éparpillement et la séparation. Aujourd’hui la maison de Sidi Cheikh Hamed Ben Ennafaa Allah est devenue une ruine. Elle sert comme une « oukala » ou se réfugient des familles pauvres et misérables venues d’on ne sait ou.

5 commentaires:

24Faubourg a dit…

tu tiens d'où cette histoire?

erana a dit…

on aura vu tellement de freres et soeurs s'entredechirer pour un heritage!! des familles desunies a cause de choses ephemeres!!
j'ai souvent entendu ma grand mere dire qu'heureusement, mon grand pere n'a pas laisse de grand heritage qui pourra barder le complicité existantes!
mais des fois, je me pos qd mm cette kestion: pq en arriver a de telles extremites au risque de delier des liens tellement plus importants! parce qu'enfin de compte, l'argent ca va et ca vient!!

Takkou a dit…

@ Faubourg : C'est une histoire qui est inspirée de plusieurs cas que j'ai connu personnellement (Ma famille paternelle s'est dechirée pour une connerie d'heritage) et de recits qui m'ont ete rapportés par des gens que je connais. L'histoire que je raconte n'est pas un cas mais malheureusement une generalité qui touche une grande partie des familles tunisiennes (et non seulement tunisoises)
@ erana : Je suis tout à fait d'acord avec toi. Nous sommes 4 freres et 3 soeurs. Notre pere est mort sans rien laisser à part l'amour pour la famille et cela je t'assure que c'est le plus important. Nous nous retrouvons presque tous les jours chez ma mere pour le plaisir de nous revoir et non pour nous epier l'un l'autre.

mat3adi a dit…

Et alors c'est normal, pourquoi voudriez vous que dans une famille pareille ou il y a certainement eu des mariages d'intérêt, il n'y ai pas tous ces bas calculs ? Tous vivaient dans l'hypocrisie et n'ont révélé leur véritables visages qu'à la mort de celui qui les empêchait d'y penser trop ouvertement de son vivant . Il y a une fille qui a voulue se désister au profit des héritiers de son frère déçédé . Cette femme ayant des droits sur l'héritage laissé par son frère, elle a trouvé injuste de priver ses neveux et nièces d'une partie de ce que laissait son frère . Seulement son mari ne l'entendant pas de la même oreille la poussa a réclamer son dû .Elle ne fut pas la seule a hériter de son frère d'autres firent de même . Avec l'argent, il n'y a ni frères nis soeur chez nous, on est vraiment matérialiste, y a pas photo ce ce côté là .

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour
je n'ajoute rien aux autres commentaires, je suis ok avec eux
Dans tous les pays du monde cela se passe comme cela (souvent)
patrick