Paysage audiovisuel arabe

L’article qui suit est une analyse très pertinente postée par une bloggeuse marocaine, Meriem Mernissi (ça tombe bien, il semblerait que Fatima a trouvé déjà quelqu’un pour assurer la relève), sur son site : http://meriem.typepad.com/, que je recommande énormément à mes visiteurs. Le constat que fait Meriem à propos du paysage audiovisuel arabe est édifiant. Elle décortique avec perspicacité la réalité lamentable de la télévision dans le monde arabe, une télévision qui accentue la perte de repère et l’état d’égarement dans lequel s’enfonce tous les jours un peu plus le citoyen arabe.

J’adhère complètement à ce que dénonce Meriem dans son article et je trouve qu’il n’y a rien à rajouter à son analyse tellement sa reflète parfaitement la réalité du monde télévisuel arabe. Je ne vais pas m’attarder encore plus sur le commentaire et je vous laisse faire votre propre opinion sur le sujet.

Bonne lecture.


Meriem et ses aventures télévisuelles.




Me trouvant dans une atroce situation préhistorique (j’avoue, j’avoue, je n’ai pas Internet chez moi, c’est douloureux comme réalité), j’en suis réduite à ... regarder la télé ! Et pas n’importe quelle télé s’il vous plaît… NileSat ! (C’est une réalité encore plus douloureuse). Eh bien mes chers lecteurs, quand vous regardez NileSat, vous n’avez que trois options :

-Les chaînes Arabo-Arabico-islamiques, à savoir Al-Jazeera, Al-Hurra (pourquoi Hurra ? moi je n’y vois rien de réjouissant pourtant…), Iqraa etc.

-Les chaînes Arabo-Arabico-musicales, proposant des clips quasi-pornographiques, pauvres en qualité musicale mais riche en étalages de chair, trémoussements suggestifs, et retouches Photoshop ; à savoir Rotana, Rotana clip, Rotana Zaman, Rotana Tarab, Rotana Khaleej, Rotana Chikhate (oups, je m’égare…)

-Les chaînes Arabo-abarbico-schizophrènes, qui sont en fait des chaînes américaines sous-titrées en arabe (à part les jingles, qui sont bien arabes et où l’on ne voit jamais de cheveux de femmes – elles sont probablement toutes chauves comme Kojak).

Il se trouve que rien ne m’attire particulièrement dans les chaînes d’information et de prosélytisme (je suis déjà musulmane à mon avis, je n’ai nul besoin qu’on me convertisse à ma propre religion). Les attentats suicidaires et les meurtres de ministres moyen-orientaux, ça finit par lasser, vous en conviendrez. Les annonces vidéo du prochain spectacle d’Oussama Ben Laden, on s’en bat les reins, vous en conviendrez également. Voilà donc qui rend les chaînes Arabo-Arabico-islamiques totalement dénuées de sens et d’utilité à mes yeux.

Concernant les chaînes « musicales », ai-je besoin de vous préciser que je ne suis pas un mâle Golfique souffrant d’un excès de testostérone, et que voire 300 "chanteuses" clones (apparemment, il n’y a qu’un seul chirurgien à Beyrouth, ou alors ils croient que tout nez refait doit ressembler à… rien !). Et franchement, tant qu’à être vulgaire et provocante, autant l’être ouvertement, et ne pas simuler des mimiques soi-disant timides, qui virent au grotesque (quoi que je ne sais pas si le Golfe est prêt pour les Pussycat Dolls, en fait). Bref, la musique arabe est dans le comââââh !

Enfin, les chaînes américaines ont certainement un avantage intrinsèque : elles ne sont pas arabes ! Ce ne sont que séries, talk-shows et télé réalité qui vous télé portent directement au pays du hamburger. Entre Oprah, Friends, les SOAP Operas innombrables, « I know what you ate last summer » (triste !) et les émissions de musique, on arrive (presque !) à oublier qu’on est sur NileSat. Je dis presque parce que bien sûr, il y a toujours un détail qui nous rappelle à l’amère réalité –en plus des jingles à femmes voilées, c’est les sous-titres en Arabe. Etant honteusement incompétente pour lire l’Arabe, je n’arrive qu’à déchiffrer quelques lettres par-ci par-là, mais je n’en ai pas besoin, mon énorme historique légumiste devant des épisodes de Friends a fait de moi une spécialiste de l’Anglais (de l’Américain, plutôt), et une savante chevronnée en matière d’expression idiomatiques (mother fucker, ho’, bitch et tutti quanti). Néanmoins, les sous-titres en arabes valent à eux seuls le détour par ces landes hostiles. En effet, seuls les Arabes peuvent traduire le « wow », ou « hey » ou « aaaaaah » d’un Américain en « marhaba ! kayfa lhâl ? ». Ce n’est pas tout ; dans un épisode de Friends, quand Ross est amené à dire la douloureuse phrase « I ended up divorced from a pregnant lesbian », ça devient « ouajadtou nafsi moutallaq min imra’a hamil » (c’est-à-dire « je me suis retrouvé divorcé d’une femme enceinte »). Apparemment l’homosexualité est un détail négligeable dans le langage arabe. Mais c’est vrai que si on y pense, il est impossible de parler d’une personne homosexuelle, en arabe classique sans faire passer le sujet de la conversation pour le pire des obsédés sexuels. Déjà, l’adjectif « homosexuel » n’existe pas, il n’y a que le nom « homosexualité », et ça a une consonance de maladie incurable : chidad jinsi. D’après mes notions (assez floues et modestes, je l’avoue), ça pourrait se traduire à peu près par « déviance sexuelle ». Donc les homosexuels sont des tordus, et si on avait voulu bien traduire cette phrase du pauvre Ross, on aurait fait passer son ex-femme pour une psychopathe, et on l’imaginerait bien en camisole de force, éclatant d’un rire démoniaque pendant que son bébé donne des coups de pieds dans tous les sens pour se libérer du corps luciférien de cette mère qu’il n’a pas choisie.

Bref, c’était effectivement plus sage de faire omission du mot « lesbienne », nous dirons que c’est parce qu’il n’existe pas de traduction appropriée en langue arabe (pour le moment).

J’ai aussi vu un phénomène extraordinaire, qui m’a laissé bouche bée pendant les American Music Awards (à part une Pussycat Doll qui s’est payée une gamelle phénoménale pendant une chorégraphie sexy avec une chaise !). Un chanteur qui a remporté l’award pour meilleur chanteur « soul/R’n’B), Jamie Foxx, était assis dans le public avec une énorme dame noire, toute petite et toute obèse, qui portait ses cheveux crépus tirés en arrière dans une mini queue de cheval sans grande originalité ni élégance, et qui avait l’air tout frais débarquée du fin fond de la campagne sudiste. Et quand il a gagné son prix, ce chanteur, cette Star talentueuse (qui avait déjà gagné un oscar dans sa carrière d’acteur), n’a pas dédié son Award à ses fans ou à ses producteurs, mais à sa mère, dans le public. Et croyez moi ou pas, j’ai trouvé que c’était la plus belle femme de l’assistance.

Comme quoi, regarder NileSat n’est pas toujours une exécration.

3 commentaires:

flounder a dit…

alors là, c'est les blogs intélligents. des gens qui pensent.
alors je te parle d'un project mise en place avec trois copains, tous italiens (moi italienne aussi):
c'est la création d'une petite révue littéraire sur web (www.buran.it), qui va traduire et publier des histoires sorti du réseau web.
on ne publie que des etrangers et on les traduit en italien. tout cela se fait pas pour l'argent, mais au nom du Dieux des bloggeurs.
dans chaque pays on aimerait avoir des contacts qui noous proposent de bons blog et des histoires. au moment aon a réussi a créer un réseau en amérique latine, mai je'espére faire la memme chose au maghreb ou en Asie.
pour tout reinsegnement je suis là, à mon mail: flounder.whistl[at]libero.it

péché mignon a dit…

tu peux bouquiner non? une idee commeune autre c est mieux que de perdre son temps
cultivons nous
c est ce que je fais moi enfin j essaye

rasta_raf a dit…

héhé rigolote l'historie de la traduction de la phrase de ross ..

j'avai vu l'arme fatale 4 sous titrée en arabe, et il viraient systematiquement les mother fucker ... c'est vrai que pour traduire en arabe litérale ca doi etre eee ... anikou omaka ? anikou ca se dit ?